SAINT-LÔ (50)
activité
coworking
expositions
ateliers + fab-lab
conférences
construction neuve
livraison 2020
équerre d’argent 2020, nommé
Les béton des façades, proviennent du territoire local, dans un rayon de 20 km autour du site. Coulés sur place, les bétons — tantôt bruts, tantôt lisses — révèlent leur textures naturelles pour une esthétique minérale assumée.
Les lieux sont imprimés par les mouvements historiques, sociétaux, politiques ou philosophiques. Pour moi, ces forces actives entrent toujours en interaction avec la programmation. Parmi les grandes villes normandes bombardées durant l’été 1944, Saint-Lô est celle qui a connu les destructions les plus radicales. La cité fut pulvérisée, en ruine à 95 %, avec près de cinq cents victimes. Comment ne pas prendre en considération cet évènement majeur, encore si proche de nous ?
En 2015, j’ai été retenu sur concours pour réaliser le Technopôle Agglo 21, commandité par l’agglomération de Saint-Lô. Il s’agissait de créer au sud-est de la ville un lieu-outil au service des entreprises, des porteurs de projet, des organismes de formation et de l’emploi, et de proposer des espaces différenciés pour le télétravail, le coworking, les réunions et les visioconférences. Laboratoire d’innovations avec une salle de ressources créatives, le site devait aussi être en capacité d’organiser des évènements – pour cela, il fallait prévoir un amphithéâtre, un showroom, un espace de réception … Dans sa configuration générale, ce technopôle, attenant à un centre de formation, devait inviter à la créativité, par l’exemplarité de sa conception structurelle et une mise en œuvre technique inédite.
Lors de mon premier séjour, j’ai été touché par la beauté de la roche, partout présente : celle qui affleure les collines du Cotentin, celle que je trouvais déjà sur l’emplacement du futur technopôle, celle du mur Grimaldi long de 400 m et de 12 m ville à Torigny sur Vire village voisin et, surtout, celle de la forteresse de l’ancien château de Saint-Lô. Rare édifice rescapé de la guerre, impressionnant de puissance, ce dernier domine le paysage au bord de la Vire. Ces images de roches brutes, ou bien taillées et édifiées, se sont superposées avec celles d’une ville en ruine, réduite à un amas de pierres et de gravats. Au lendemain de 1945, les habitants, en dépit des traumatismes, ont protesté contre l’idée de déplacer leur agglomération. Ils ont opté pour un relèvement in situ, autour de la forteresse et de ses remparts qui avaient échappé au déluge de feu. L’amas de pierres des maisons détruites a été la matière première de ce retour à la vie, de cette reconstruction. L’architecture proposée ici s’est, à sa façon, inspirée de cette histoire pour initier de nouveaux lendemains.
La roche, la muraille : le béton
Mes intuitions se précisent dans les premiers temps de la conception : pourquoi ne pas reprendre ces fragments élémentaires qui sont inscrits au cœur du récit architectural de la région, employer cette roche pulvérisée en gravats, que les bâtisseurs de Saint-Lô ont jadis ramassée, triée et assemblée pour édifier de nouvelles demeures ?
Extraite sous forme d’agrégat d’une carrière située à 20 kilomètres de notre chantier, la roche entre dans l’élaboration du béton de l’enveloppe et des portes. Les bétons sont tous visibles, parfois bruts, lisses, souvent dans leurs états rudimentaires, laissant les aspérités visibles. Le coulé sur place s’est imposé rapidement comme procédé. Afin d’obtenir cet aspect minéral spécifique, voulu et assumé – une structure en béton avec murs et sols harmonisés, Un procédé de construction techniquement très complexe a été instruit. Il s’agit d’une formule inédite : un double mur en béton avec isolant intercalé. Ainsi, symbole de force et de pérennité, le béton engendre les conditions d’une robuste intériorité, apte à offrir à l’ensemble des activités préconisées. La muraille en est la forme, par l’édification de remparts épais qui font du bâtiment un FORT, dédié au développement économique, en écho à l’identité de la ville. Il se présente sous l’aspect d’un parallélépipède.
Les volumes sont généreux, tous les espaces disposent d’une hauteur libre de 4 mètres, grâce à l’absence de faux plafond. Seul un absorbant acoustique, du fibra de teinte grise, est plaqué sur les parties centrales des plafonds afin d’offrir une bonne absorbation. L’ensemble des organes de fonctionnement a été calepiné et intégré dans les bétons au coulage. Cette muraille-forteresse est complétée par des « boîtes » en acier galvanisé, remplies de pierres locales communément appelées gabions. Pivotantes, elles jouent le rôle de clôtures des patios : fermées, elles protègent les espaces, ouvertes, elles distribuent les activités. Un soin particulier a été porté aux menuiseries avec un positionnement au « nu » extérieur au rez-de-chaussée, et à l’inverse à l’étage. Les vitrages sont tenus par des clameaux, suspendus et portés par le plancher haut de l’amphithéâtre.
Un FORT dédié à la créativité entrepreneuriale
Nous avons donc réalisé un équipement « rempart » en englobant toutes les activités à l’intérieur d’une épaisse enveloppe. Un volume affirmé, puissant, solidement ancré dans le sol. Une architecture aux formes simples, calquée sur le modèle élémentaire d’une forteresse. Seul l’amphithéâtre de deux cent quatre-vingts places, tel un couronnement ou un donjon moderne – de 21 × 21 mètres, et d’une hauteur de 14 mètres –, s’expose largement sur la départementale et présente, de manière hiératique et presque énigmatique, la fonction du bâtiment. Le parvis d’entrée se prolonge à l’intérieur de l’enceinte en une « place-escalier-belvédère », distribuant le pôle événementiel à gauche et le centre d’activités à droite, avec l’amphithéâtre (en complément de l’accès principal depuis le pôle événementiel) et les salles de visioconférences qui surplombent la voie rapide.
L’agencement des lieux se fait par juxtaposition, sans couloirs, la lumière naturelle étant ainsi toujours favorisée. Elle baigne les intérieurs grâce aux nombreuses et larges baies donnant sur les patios. Ainsi les regards peuvent traverser l’ensemble de l’édifice de part en part, alors que ce dernier, de l’extérieur, semble massif et fermé. Ainsi le cloisonnement peut facilement varier afin de s’adapter. L’organisation spatiale interne a pour objectif de favoriser le dialogue des usagers, par « télescopage ». Densifier, lier, faire se chevaucher les pratiques en démultipliant les espaces de transition. Ces interstices, de tailles et de natures différentes, distribuent et articulent les deux pôles, l’événementiel et les espaces de travail collaboratifs. Toujours enveloppés par le mur d’enceinte, ils sont présents à trois endroits différents sous forme de cours ou de patios. Ce sont des lieux de travail récréatifs, de détente, en accès direct depuis les espaces intérieurs. Comme la « place-escalier-belvédère » monumentale, hémicycle de plein air qui vient en prolongement de l’amphithéâtre intérieur. Idem pour les deux patios d’agrément qui permettent détentes et échanges. À sa manière, cette « cité-technopôle » emprunte son organisation à la ville médiévale : les fonctions s’adossent les unes contre les autres, sans rupture ni séparation, au cœur d’une enceinte facilitant les mouvements des usagers. Ce dispositif engendre des « entre-deux » fertiles aux relations informelles, aux discussions, aux contacts visuels, en somme participe aussi à la créativité et à la dynamique entrepreneuriale…
« Les fonctions s’adossent les unes contre les autres, sans rupture, au cœur d’une enceinte facilitant les mouvements des usagers »
Lieu
Saint-Lô (50)
Maître d’ouvrage
Saint-Lô Agglo
Financeurs
Saint-Lô Agglo, Le Département de la Manche, La Région Normandie, L’état et La Communauté Européenne
Exploitant
Pôle Agglo 21
Architecte
FARIDAZIB
Cheffe de projet
Dhouha Hamdi
Assistants
Isabelle Pinsolle, Yvanie Wilhem, Anouk Vialard
Paysagiste
GAUTRAND & associés
Acoustique / scénographie :
LTE SAT
Économie
VPEAS
Bet Conseil façade
ELXIR, Philippe Bompas
Structure
ALPHA BET
Fluides, SSI
ARTELIA
Programmiste
2B CONCEPT consulting
Contrôle technique
SOCOTEC St-Lô
CSPS
EXECO
Plateforme d’échanges numériques
VISIOBAT
Opc
ECIB
Signalétique
FARIDAZIB + DGC Communication
mobilier
FARIDAZIB
Photographe
Luc Boegly
Surface
1780 m²
Coût
4.2 M²
Concours
Lauréats 2015
Livraison
Juin 2020
Distinctions
équerre d'argent 2020, nommé
Gros œuvre, façade béton, Chapes
Ramery-Zanello
Couverture, étanchéité
Micard
Menuiseries extérieures, occultations
CTI Bat
Métallerie, serrurerie
CTI Bat
Cloisons doublages, Faux plafonds
Lafosse Menuiseries Françoise
Menuiseries intérieures
Orquin
Carrelage, faïences
CMC Charles Martin Carrelage
Peintures, moquette, tissus
RD Peinture
Electricité CFA, CFO
Ceme Guerin
Chauffage, ventilation, plomberie
Fouchard
Ascenseurs
CFA
VRD
Colas
Aménagements paysagers
Vallois Normandie
Équipement audiovisuel
Auvisys
Mobilier Amphithéâtre
Mussidan
Mobilier
Format Design
Signalétique intérieure
Atelier Lesouef Publicité, MDG Création Métal
Contrôle d’accès
We Connect
Sécurité Incendie
Chubb-Sicli
Multitechnique, multiservice
Sage, Engie Cofely, Engie GRDF, Veolia