Issy-les-Moulineaux (92)
culture
cultuel
centre culturel musulman
mosquée
centre culturel Dumézil
bâtiments classés
restructuration
extension
concours 2024 – second
élévation intérieure sur patio
Salle de prières
Centre musulman d’Issy-les-Moulineaux & Centre Culturel Georges Dumézil
L’intelligence initiale de ce programme est d’avoir au préalable établi un duo : un centre culturel associé à un espace de culte musulman, tout en voulant préserver les deux bâtiments présents sur le site, qui font l’identité du lieu et son histoire. Cela entraine un acte architectural double et indivisible, la nécessité d’envisager une globalité qu’il faut réorganiser en toute cohérence pour en faire un lieu à la fois de culture et de culte, propre à des échanges de qualité, et une parfaite intégration dans la ville. Nous avons cherché dans la structure présente quel est l’ordonnancement idéal, les possibilités inhérentes au bâti pour une conception qui facilite avant tout l’ensemble des fonctionnalités, un cadre spirituel du culte musulman, et l’instauration de dialogues et de circulations entre le futur Centre culturel Dumézil avec le Centre Musulman.
Nous avons fait une proposition qui réunit plusieurs points d’équilibre dans les bâtiments existants. Le premier est d’intégrer l’espace d’un culte religieux dans la cité laïque, avec la nécessité de respecter dans la dignité les pratiques d’une importante communauté appartenant à la société française depuis plus d’un siècle. Autre point d’équilibre : celui de la relation entre les deux centres distincts, qui doit être perméable et fructueuse, et pour cela les possibilités d’échanges, tant sur le plan spatial que symbolique (la notion de l’interreligieux), nécessitent d’être fondés. Nous avons mené la même recherche d’une modularité maximale, en particulier pour l’aménagement du centre culturel Georges Dumézil et gardé, à travers l’espace mutualisé de la grande cour principale, l’indispensable plateforme d’échange et d’occupation – entre et pour – les deux entités. De même, nous avons approfondi notre quête d’une esthétique musulmane revisitée, enracinée dans les principes archaïques des premiers temps, conçue sur la simplicité et la sobriété, principes qui rejoignent les élégances minimalistes de la modernité que nous recherchons. Nous avons aussi considéré les mouvements particuliers, c’est-à-dire, les interrelations entre les populations concernées, sans distinction, par des activités et une circulation spécifique au sein du site : les adeptes du culte musulman, les visiteurs et les membres du centre culturel, ou encore les promeneurs lambdas.
Un jeu d’équilibre entre les deux centres
Si rien ne semble avoir changé dans l’apparence urbaine du bâti et des façades extérieures on remarque tout de même, grâce à une succession de détails et surtout une nouvelle transparence et lumière intérieure émanant en particulier des deux premiers étages du centre musulman dont l’aspect mystérieux éveille les interrogations, qu’une révolution spatiale entrainant des activités toutes contenues s’est bien effectuée ici. L’escalier hélicoïdal sur la gauche atteste une circulation particulière. Dans sa partie haute cet escalier soutiendra un léger dôme doré, visible seulement en sous-face. De l’extérieur, seule cette lumière intérieure à l’escalier pourra être visible, délicate allusion à une dimension solaire et céleste. En accord avec l’esprit des mosquées primitives qui, à l’origine, n’étaient pas exposées et apparentes, notre proposition ne s’affirme pas aux alentours par un affichage frontal. La « révélation » de son identité se fait de l’intérieur, comme un jardin caché, un cloitre insoupçonnable, la fontaine discrète d’un prieuré. Cette architecture non ostentatoire correspond par ailleurs à un ancrage traditionnel des mosquées dans des contextes populaires urbains « resserrés ». Au sein de ces quartiers ces édifices religieux, parfois d’une surprenante surface, se déploient avec un éclat insoupçonnable que l’on perçoit seulement une fois l’entrée franchie …
De l’extérieur les deux centres s’équilibrent à travers l’identité de leurs architectures anciennes, mais avec la cour partagée, tous deux deviennent des volumes associés et constitutifs, comme des morceaux spécifiques d’un puzzle dont l’image globale les dépasse. Mettre en lien aujourd’hui un établissement culturel avec un centre cultuel, c’est aider à fluidifier les relations, contribuer à adoucir les liens, offrir le socle d’une compréhension.
La cour partagée : un espace symbolique, un lieu de passages, de fêtes et d’activités diverses La cour principale joue un rôle essentiel, elle permet la dilatation et la respiration urbaine, elle articule et organise les distributions et les échanges entre les bâtiments existants. Conserver le statut de la cour et l’utiliser comme pivot général pour une distribution novatrice de l’ensemble représente une clef qui ouvre un équilibre entre les deux fonctionnalités en proposant une cohérence et une accessibilité idéale. C’est un plateau de correspondances, un espace central primordial, base importante de notre proposition d’aménagement. En traversant le seuil du portail de l’entrée générale on trouve à nos pieds un revêtement en blocs de béton ajourés classiques de voiries, puis un tapis de blocs de bétons de même type mais présentant cette fois des formes spécifiques inspirées de la calligraphie koufique. Ce tapis de pierre qui se poursuit à l’intérieur de la mosquée, est calquée sur la base architecturale de cette dernière. Si nous avons opté pour ce type de décoration, en plus du fait qu’il s’agit d’une des plus anciennes formes calligraphiques de la langue arabe que l’on retrouve dans les manuscrits coraniques, c’est aussi que cette écriture offre avec la succession de ses angles droits une forme sérielle et répétitive d’une grande modernité, d’apparence neutre et atemporelle, qui dépasse esthétiquement le territoire des stéréotypes de l’art arabo-islamique tout en lui appartenant, en s’adressant ainsi à tout le monde. Cela rejoint notre préoccupation constante d’allier en toute subtilité l’archaïque et le moderne, l’ancestral des premiers temps avec l’intemporalité des figures géométriques élémentaires et, aussi, d’apporter une notion relative à l’interreligieux.
La cour partagée, lieu de passage et de distribution des circulations au quotidien, pourra servir aux deux entités pour toutes les manifestations possibles, qu’elles soient religieuses, culturelles ou tout simplement festives. Cette mutualisation et cette grande possibilité d’accueil et de contenance des rassemblements donnera un caractère particulier au site. Nous sommes convaincus qu’un ensemble architectural peut participer au fait que la culture ne soit pas excluante, et qu’une religion reconnaisse pleinement le fait démocratique, en outre lui aussi porteur de principes philosophiques. Les différents cultes et les humanismes laïcs doivent développer un dialogue interreligieux et interculturel plus large, qui par la compréhension historique et l’analyse structurelle, éloigne les tentations d’intolérance et de communautarisme. Le Centre Culturel Georges Dumézil a été pensé avant tout comme un lieu de recherche, d’échanges et de partage de connaissances. Les mots clefs qui ont présidés à notre conception sont : fluidité, souplesse et mouillabilité.
Salle des ablutions
Le centre musulman
Le tapis koufique en béton entraine un mouvement vers les trois entrées qui affichent un statut égalitaire, pas de hiérarchie ni de distinction entre elles qui, toute vitrées, invitent dans leur transparence à se couler dans les lieux. Avant de découvrir en détail cet espace, la porte extérieure située sur la droite accède à une pièce de convivialité équipée d’un office pour la préparation des thés ou des cafés. Celle du milieu, polyvalente, sera meublée en cas de besoin de tables et d’assises, ou se trouvera entièrement vide afin de recevoir plus de monde ou encore du matériel d’exposition. La pièce sur la gauche permettra plus particulièrement aux femmes d’atteindre, après la traversée du couloir de gauche, leur salle d’ablution réservée. Ces trois espaces intermédiaires sont décorés, au plafond et en retombée sur les murs, de volume en bois tramé, ce qui annonce un type d’enveloppes décoratives et des structures d’usages caractéristiques en bois, dont on va trouver des déclinaisons dans l’entièreté du bâtiment et ce pour l’ensemble des agencements.
Le lieu de prière n’est pas défini par son enveloppe, privilégiant l’horizontalité c’est une étendue souple, rythmée par la répétition des colonnes qui reliées les unes aux autres. Avec les arches élancées se succédant en différentes proportions vers les hauteurs et le bassin du patio ouvert vers le ciel, faisceau rectangulaire traversant dans sa verticalité la totalité du bâtiment, accueillant la pluie et les cadeaux du ciel, reflétant par fragments l’édifice, nous proposons aux fidèles les meilleures conditions possibles à la préparation de la prière (ce qui ne veut pas dire un maximum de « confort »). L’eau sera recueillie grâce à de longs tuyaux verticaux descendants du plafond dans des seaux mis à disposition des fidèles qui pourront s’assoir sur de longues assises rectangulaires pour se laver. Si le bassin de faible profondeur est alimenté naturellement par les eaux pluviales, il le sera aussi par les eaux d’ablution récupérées. Des petites pointes d’éclairages termineront de fins luminaires descendant du milieu des arches. Une fois purifié, le fidèle peut contourner le bassin, symbole de paix et de sérénité ici en relation directe avec le ciel, et monter aux étages pour se consacrer à l’une des cinq prières rituelles quotidiennes dirigée par l’imam.
Deux principes constructifs s’articulent donc clairement : la solidité et la force de la pierre à travers le béton brut clair pour les murs et l’agencement des arches aux tailles différenciées associé à la grâce des aménagements qui viennent flotter dans ce vaste espace généreux. Ces aménagements concernent plus particulièrement l’escalier, les panneaux de séparation hommes/femmes dans la salle des ablutions, les deux passerelles au-dessus du bassin entre les salles de prière et la sortie au R1 et R2, et les deux mezzanines/salles de prières que nous allons maintenant décrire. Ainsi, l’escalier qui permet d’accéder aux étages est habillé en bois, à l’instar d’un imposant volume qui se distingue de l’enveloppe structurelle en béton, il possède un revêtement tramé qui rappelle à la fois l’artisanat de la menuiserie traditionnelle arabo-musulmane dans sa matière et sa forme, mais aussi le système du croisé vertical/horizontal que l’on retrouve aux fondements de la tapisserie ou encore du cannage en rotin des chaises et des fauteuils, autre technique de tissage sur châssis. Avec cet escalier qui se différencie dans sa noblesse particulière en nous amenant aux étages supérieurs, on commence à saisir l’élaboration de ce principe fondamental qui va régir et occuper les surfaces des pieuses activités de l’espace qui se déploie horizontalement aux niveaux successifs. L’appareillage et l’enveloppe des deux mezzanines/salles de prières seront faits à l’identique, tel deux immenses mobiliers de marqueterie en majesté, comme suspendus dans le vide – de fait ces deux plateformes ne touchent pas les murs environnants car portées par un ensemble de fines colonnes en bois centrées vers l’intérieur, afin d’accentuer sur les côtés l’effet de flottaison voulu. Cet effet de flottaison sera d’autant plus soutenu que l’ambiance lumineuse générale connaitra, de nuit ou par temps sombre, de nombreuses ombres portées, avec des lumières douces projetées des plafonds en voutes des mezzanines et des éventails de faisceaux plus clairs émanant d’une partie des surfaces ajourées des garde-corps, rappelant la douceur et la magie des éclairages traditionnels des lampes marocaines ou les découpes des moucharabiehs. Ainsi, cet espace de prière privilégié, sera en journée baigné latéralement d’un important éclairage naturel grâce aux grandes fenêtres, loin des agitations urbaines, à l’écart du quotidien et des fonctions profanes, et sera propre à la méditation et à la prière. Libres dans l’espace, raffinées, ces mezzanines/salles de prières – la dernière légèrement en retrait et plus petite étant réservée aux femmes – se rassemblent dans un grand volume général qui réunit donc trois niveaux. Au sein de ces trois niveaux qui offrent une visibilité générale sur l’Imam, les fidèles ressentiront un sentiment de légèreté, de splendeur et de distinction.
Lieu
Issy-les-Moulineaux (92)
Maître d'ouvrage
ville Issy-les-Moulineaux (92)
Financeurs
Hauts de Seine + ville d'Issy-les-Moulineaux
Architecte
FARIDAZIB
Cheffe de projet
Marine Fayollas
Assistante
Isabelle Pinsolle
économie
VPEAS
bet structure
EVP
bet fluides
bet choulet
acoustique
Altia
réemploi
cycles de ville
conseil scientifique
Farid Abdelouahab
images
Tijani Loussaeif
surface
coût
concours
second